Le télégraphe Chappe
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Le télégraphe Chappe
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L'histoire de la télégraphie a certainement commencé avec la mise au point de la lunette de Galilée (début du 17e siècle).
La télégraphie consiste à transmettre des informations le plus rapidement possible entre deux points; l'éléments le plus perturbateur étant la transcription du signal dans les points intermédiaires, il est nécessaire d'en limiter le nombre.

Le premier émetteur transmettant des signaux géométriques fut décrit en 1664, et la première transmission entre deux points distants (800 m) a eu lieu en 1662, entre les deux rives de la Tamise. 30 ans plus tard, Fontenelle décrit le premier essai français réalisé dans les jardins du Luxembourg; des transmissions expérimentales ont lieu ensuite entre Meudon et Paris en se servant d'un vocabulaire rudimentaire établi à partir de la position des ailes des moulins des faubourgs parisiens ...

Enfin le 2 mars 1791, près d'un siècle après, trois frères Chappe s'échangent en 4 minutes, entre Brûlon et Parcé, deux communes sarthoises distantes de 14 km, le message "si vous réussissez, vous serez bientôt couvert de gloire". Les essais se multiplient ensuite, malgré la farouche opposition des populations, et Claude Chappe peut présenter "son" invention devant l'Assemblée Législative le 22 mars 1792. Enfin le 1er avril 1793, la Convention autorise le Ministre de la Guerre a tester le système, qui s'est beaucoup perfectionné entre temps; l'expérience - très concluante - a lieu le 12 juillet 1793 sur un itinéraire de 35 km entre Belleville et St Martin du Tertre, et dès lors le déploiement est très rapide.

LES LIGNES
La première ligne Paris/Lille (16 stations) entre en service le 17 août 1794, et les messages transmis les premiers mois à la Convention vont accompagner la reconquète du Nord de la France sur les autrichiens. Elle est prolongée vers Dunkerque.
La ligne de Landau ouvre jusqu'à Strasbourg en 1799 (44 stations), celle de Brest (55 postes) en 1801/1802, ainsi qu'un prolongement de Strasbourg à Huningue.
Bonaparte fait fermer le télégraphe, trop couteux, et c'est la Loterie Nationale qui en finance la renaissance et l'extension jusqu'à Bruxelles en 1803 !
Le décès de Claude Chappe en 1805 ne freine pas ce déploiement, que l'Empereur Napoléon finit par encourager, au gré de ses conquètes militaires: ses 4 frères poursuivent son oeuvre et en 7 ans est construite la ligne Paris/Venise, ainsi que les prolongements Bruxelles/Amsterdam et Metz/Mayence.
Sous Louis XVIII sera inaugurée Lyon/Toulon (1822) puis Paris/Bayonne (1824)
C'est la saturation de la ligne Toulon/Paris, la fréquence du brouillard qui la paralyse et la difficulté à administrer - déjà ! - la ville rebelle de Nîmes qui justifie la priorité donnée à la première transversale Avignon/Narbonne/Bordeaux, achevée en 1834.
Un premier message est échangé entre Nîmes et Montpellier le 27 février 1832.
Quelques extensions de lignes sont réalisées ensuite jusqu'en 1845 (en 1840 la bifurcation vers Perpignan) au gré des exigences militaires et politiques.
A cette date, le réseau métropolitain de 5000 km dessert 29 villes avec 535 stations.

Puis l'invention de la télégraphie électrique par Samuel Morse précipite à partir de 1845 la disparition du télégraphe Chappe; la première ligne électrique Paris/Rouen est inaugurée le 3 juillet 1846; le déploiement sera ensuite très rapide.
La dernière dépêche remontant à Paris en 1855 annonce la prise du fort Malakoff de Sébastopol (Crimée) par les troupes françaises.

LES TECHNIQUES
Les outils de transmission des signaux sont implantés sur un bâtiment préexistant ou "normalisé", soumis à des contraintes de visibilité (le mécanisme doit se détacher sur l'horizon), et de distance entre stations inférieure à 12 km
Le dispositif de Milan, le plus répandu, se compose d'un mât échelle de 8 m., sur lequel pivote à son sommet un fléau mobile de 4,60 m., le régulateur, terminé à chaque extrémité par des bras articulés de près de 2 m., les indicateurs.
Cet ensemble reproduit à l'identique les mouvements établis au moyen d'un manipulateur, implanté au pied du mât, par l'intermédiaire d'un assemblage de cables, tringles, poulies et manivelles.
Les matériaux utilisés ont varié dans le temps: cordes de chanvre, cables en laiton et tringles, poulies en bois d'orme, bronze, fer, mâts en chêne, longerons en lames de persiennes, ...
Les pièces "nobles" étaient toujours fournies par les ateliers centraux, mais les mâts, echelles et bâtiments étaient fabriqués localement.
Plusieurs types d'appareils se sont succédés: Systèmes de Lille, de Brest, de Strasbourg et Metz, de Milan, modèle Flocon, offrant une plus grande résistance au vent, système algérien.
L'observation des signaux se fait avec 2 lunettes par station, fabriquées spécialement (mécanique rustique mais optique très soignée), d'un grossissement de 30 à 60, fixées dans des boites à lunettes elles-mêmes scellées dans les murs.
Pour transmettre les signaux, le stationnaire observe à la lunette le signal formé sur la station précédente, le reproduit à l'identique sur son propre appareil puis le valide dès que la station amont a elle même effectué cette manoeuvre; il l'inscrit sur son registre, puis contrôle avec sa 2e lunette que la station aval l'a correctement reçu, et ainsi de suite ...
Chaque position des indicateurs correspond à un nombre de 1 à 92 qui renvoie à l'une des 92 pages et lignes du livre de décodage, le vocabulaire, où sont classés plus de 8000 mots et groupes de mots, que ne possèdent que les directeurs exerçant dans les villes desservies et aux extrémités du réseau; ceci garantit le secret des échanges, les stationnaires reproduisant simplement des signes dont ils ne connaissent pas la signification. 18 signaux supplémentaires servent aux indications de service .
La transmission d'une dépêche se fait signe par signe, chaque mot ou groupe de mots étant identifié par 2 signaux (celui de la page, puis celui de la ligne du vocabulaire). Il faut en 1795 moins d'une heure pour transmettre une dépêche d'une trentaine de mots entre une vingtaine de stations (200 km); cette vitesse de transmission progressera régulièrement: 180 signaux à l'heure vers 1840 sur la liaison Avignon/Narbonne (24 stations).
Gestion financière: (1 franc 1830/1850 = 2,50 euros 2010)
Le coût de réalisation clés en mains d'une station est d'environ 4000 francs entre 1805 et 1845.
Le coût d'exploitation approche 1800 francs/an (frais de personnel essentiellement, dont plus de la moitié pour les stationnaires).
Par rapport aux volumes de trafic observé, le coût moyen d'une dépêche avoisine 150/200 francs !

D'AUTRES SYSTEMES
Plusieurs seront expérimentées, voire même développées, et notamment 293 sémaphores de la marine sur la plupart des côtes francaises (Palavas et Beauduc pour les plus proches); ils ont plutôt pour vocation d'observer les menaces venant de la mer, et certains reprendront du service après 1865 ou même en 1978, après la catastrophe de l'Amoco-Cadiz.

La ligne Nîmes-Beaucaire: Alors même que les premières expériences de télégraphie électrique sont menées par la compagnie ferroviaire de Rouen, le ministre de l'Intérieur autorise le 8 janvier 1845 la compagnie des Chemins de Fer du Gard à construire une ligne de télégraphie aérienne; 9 postes sont mis en service en 1846 en bordure de la ligne Nîmes/Beaucaire, et interconnectés à Nîmes avec la ligne du Midi; ils seront remplacés par le télégraphe électrique dès 1853.

LES HOMMES
Le télégraphe optique a été quasi exclusivement affecté aux transmissions des autorités civiles et militaires, ce qui explique le luxe de précautions prises pour garantir le secret des correspondances et le rattachement des personnels aux ministères de la Guerre, de la Marine ou de l'Intérieur.
L' Administration centrale est largement dominée par les 5 frères Chappe jusqu'à leur disgrace;
Les directeurs sont affectés au codage des dépêches et déchiffrage des messages, ils assurent les relations avec les autorités civiles et militaires du département et font partie des personnalités locales. Ils sont souvent diplomés de grandes écoles.
Les Inspecteurs sont responsables du déploiement, de l'entretien et de l'exploitation des postes. Ils supervisent à cheval 12 à 15 stations visitées au moins tous les mois pour apporter les salaires des personnels. Salaire équivalent à celui d'un sous-préfet.
Les stationnaires sont recrutés parmi la population locale, sans enfants, souvent illetrés; ils sont très isolés et les premiers exposés dans les périodes troubles.
Le règlement intérieur est très strict, et il est formellement interdit de confier son poste à quiconque ou de s'en éloigner pendant le service; deux stationnaires se partagent la permanence, qui commence à midi, se prolonge jusqu'au crépuscule, reprend au lever du soleil avec le même stationnaire, qui a obligatoirement dormi sur place et se termine par la relève à midi; l'aménagement du local est spartiate.
Le service est assuré dimanches et jours de fêtes, les congés sont limités aux raisons médicales, et les activités sont espionnées en permanence par les inspecteurs.
Ces conditions de travail n'empêchent pas la plupart des stationnaires de cumuler un 2e emploi ( paysan, agriculteur, tisserand, cordonnier, ... ) compte tenu de la faiblesse de leur rémunération.

Sous la rubrique ci-contre "Gallargues" sont fournies des informations plus détaillées sur la station de Gallargues et sa réhabilitation.